Enseigner avec les Intelligences Multiples

Je coopère, tu coopères…nous coopérons

Un enseignant qui aimerait se lancer dans des activités de groupe en classe peut parfois être freiné par la crainte d’une perte de contrôle de son groupe-classe. Garder assis 25 élèves devant soi est plus confortable et évite d’éventuels débordements.

Cette réticence est fondée. En effet, travailler en groupe n’est pas une compétence innée et nos élèves nous le démontrent quotidiennement !

Cependant, le travail de groupe permet d’entreprendre et de réaliser des projets ambitieux. Cette finalité mérite que l’on se penche sur les manières de créer une ambiance propice à la collaboration et à la coopération.

Beaucoup d’activités dans mon cours d’Histoire sont collaboratives ou coopératives. Durant les premières semaines qui ont suivi la rentrée, j’ai organisé une activité pour leur faire vivre ce qu’est la coopération. Car cette compétence ne s’explique pas…elle se vit.

J’ai utilisé un crayon coopératif (voir photo ci-dessous). C’est un crayon ou marqueur fixé à un support qui est dirigé par 10 élèves à l’aide de fines cordes. Ils doivent donc se coordonner pour dessiner ensemble un objet ou personnage reconnaissable.

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J’ai effectué cette activité en trois temps.

Premier essai : 10 élèves choisis au hasard ont testé le matériel tandis que les autres observaient activement l’activité. J’ai demandé les impressions des dessinateurs et des observateurs à la fin de la première phase. Généralement, les comportements qui ressortaient étaient que : personne n’écoutait personne, les élèves élevaient la voix pour tenter de se faire entendre, chacun n’en faisait qu’à sa tête…et le dessin ne ressemblait finalement pas à grand chose.

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Ce premier dessin devait être un arbre

Deuxième essai : les observateurs devenaient dessinateurs…mais j’avais choisi au préalable et discrètement un élève saboteur. Ce deuxième groupe a tenté de faire mieux que le précédent, mais en vain ! Cet unique perturbateur a empêché totalement le groupe de réaliser sa tâche. Durant cette phase, lorsque j’ai révélé l’existence du saboteur, c’était un moment-clé pour faire prendre conscience de ce constat : une personne peut mettre en péril le travail de neuf autres.

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Ce devait être… un bateau

Troisième essai : Le rôle du professeur est central pour faire émerger, par le débriefing, les attitudes indispensables au travail coopératif. Au cours des discussions, le groupe classe a déterminé qu’il était nécessaire de planifier la réalisation du dessin, de se coordonner et de s’écouter. Les 10 dessinateurs ont appliqué ces nouvelles attitudes. J’ai pu observé qu’ils étaient plus calmes, ils communiquaient davantage et efficacement. Enfin et surtout le dessin entrepris ressemblait à quelque chose !

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Bob l’éponge!
accueil, Lectures

Réinventer l’école !

Et si on écoutait la pensée de philosophes contemporains ?

J’aimerais vous présenter Cynthia Fleury : philosophe, psychanalyste et chercheuse à l’Institut des Sciences de la communication. Elle est également professeur de philosophie politique à l’American University of Paris. Elle travaille sur les outils de la régulation démocratique.

Il y a quelques mois, ma sœur, philosophe de formation, m’avait vivement conseillée de lire l’ouvrage de Cynthia Fleury : « Les pathologies de la démocratie ». Je m’y suis plongée et un chapitre a fait résonnance à ma conviction que l’Ecole était à réinventer.

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Je vous laisse découvrir sa pensée :


« Ma conviction profonde (…) c’est que l’école est le haut lieu du politique et que s’il est un rôle dont on sous-estime la portée, c’est bel et bien celui de l’enseignant.

Si, aujourd’hui, la démocratie tend à l’entropie (degré de désorganisation ou de manque d’information d’un système) et la société à l’endogamie (obligation, pour les membres d’un groupe social défini (tribu, lignage, etc.), de contracter mariage à l’intérieur de ce groupe), c’est parce qu’il se joue quelque chose à l’école – ou plus exactement, parce qu’il ne s’y joue plus rien.

Si l’on veut préserver l’énergie de la démocratie, il est certain qu’il faut « éduquer » les élèves afin qu’ils soient en état de poursuivre l’invention de la démocratie, c’est-à-dire de réformer le projet politique de la démocratie. En un mot, il ne faut pas former des « suiveurs » mais des réformateurs, des concepteurs, des inventeurs de la norme. L’école est le lieu où doit s’imaginer la norme politique de demain, de lieu de l’innovation démocratique. (…)

Or, force est de constater que l’école s’échine principalement à former des non-perturbateurs, pensant qu’elle préservera d’autant mieux la santé démocratique qu’elle engendrera des conformistes. (…) En enseignant uniquement la norme et non sa remise en cause, on met en place l’inévitable entropie ; on orchestre le déclin démocratique. Former des citoyens, ce n’est pas « castrer » l’individu, le cloisonner dans un certain type de comportement, mais au contraire lui donner le goût de « soi » et lui permettre l’exercice de la citoyenneté comme un attribut essentiel de sa personnalité. Eduquer, c’est faire comprendre à l’enfant que son émancipation personnelle a tout à gagner du concept de citoyenneté. C’est lui prouver qu’il existe un versant « public » de sa créativité personnelle, une part de lui-même qu’il peut dédier – et en toute confiance- à la res publica.

C’est la raison pour laquelle le fait de réfléchir sur les nouvelles pratiques innovantes de la pédagogie, c’est travailler directement à la santé démocratique, en ce sens que cela revient à penser les fondements du projet démocratique. L’éducation est donc moins la conséquence de la démocratie que sa source.

C’est pourquoi, si enseigner des contenus est important, ce n’est sans doute pas l’enjeu principal de l’enseignement public. Aujourd’hui, quiconque veut apprendre se saisit d’Internet (…). Le patrimoine est en ligne, accessible quasiment à tous. Le problème n’est donc pas celui de la possession des savoirs mais celui de leur maîtrise et de leur valeur.

(…) Savoir ne suffit plus ; encore faut-il pouvoir se servir de ce que l’on sait et savoir pour quelles raisons et en vue de quoi l’on s’en sert. Quoi qu’il en soit, étant donné que les savoirs sont en ligne (…) il est logique que l’affaire de l’enseignant se recentre sur la « formation ». Donc derrière le savoir, le sens ; derrière le contenu, la valeur.

Autre point important : si l’enseignant a un rôle majeur à jouer au XXIème siècle, c’est parce qu’il est, avec le parent, l’un des derniers interlocuteurs du futur citoyen. (…) Si l’on veut pérenniser l’acte démocratique, il faut lui conserver sa vigueur, son souffle, son énergie créatrice. Il faut donc enseigner, non pas comment on le pense, des règles à suivre mais apprendre ce que créer du politique signifie. (…) Il faut éduquer les enfants de telle manière qu’ils soient capables de réfléchir à la signification de la norme et d’inventer les nouvelles formes de la démocratie. Avant d’être le lieu de l’apprentissage de l’ordre social, l’école est celui de la rupture, de l’innovation du politique, comme « en deçà » de la cohésion sociale.

L’école (…) non parce qu’elle formerait les citoyens à obéir et les inscrirait dans la norme, mais parce qu’elle les initierait au politique, et que l’initiation suppose nécessairement la rencontre de la tradition avec la création.

(…) Si l’école veut préserver la démocratie de ses pathologies et de ses dérives entropiques, il faut décidément qu’elle enseigne non pas des règles de vie (la société se chargera de cet enseignement-là) mais de la façon dont on les crée.

L’école doit, en quelque sorte, assumer un rôle de vigile démocratique. Elle doit veiller à maintenir la centrale énergétique de la démocratie, sa vitalité créatrice. Elle doit veiller à ce que les élèves soient en état d’inventer la citoyenneté de demain – sans jamais la subir ; bref elle doit tout faire pour que le « déclin » ne soit pas l’avenir de la démocratie. Or, l’on sait, et Michel Foucault l’a bien montré, que l’école est aussi un haut lieu du « pouvoir » dans la mesure où elle organise le maintien des élites en place, légitime les discriminations en pérennisant leurs structures (…) on est bien loin de ce que l’école devrait être.

C’est pourquoi, pour que l’école soit digne d’elle-même et atteigne son objectif, il importe qu’elle fasse découvrir à l’élève sa nécessaire part de créativité publique, son versant politique intrinsèque, qu’elle lui montre le lien qui existe entre « personnalité » et civilité : le politique et la démocratie sont indissociables du « génie » personnel de l’individu (…). »


 

Il me semble évident que les défis politiques, économiques, environnementaux, sociétaux auxquels nos jeunes vont nécessairement devoir faire face dans les prochaines années, nécessitent que nous fassions émerger leur créativité ainsi que leur capacité de réinvention des normes (sociales, économiques, de consommation etc.).

Notre rôle d’enseignant n’est-il pas de donner les meilleurs outils aux jeunes pour leur permettre de s’adapter à la société qui sera la leur ?

 

 

Ludopédagogie

Jouer et raisonner

Apprendre aux adolescents à raisonner est essentiel et apparaît comme une compétence transversale nécessaire dans le cadre de leur scolarité, mais aussi dans leur vie de tous les jours !

Comment enseigner cette compétence globale alors que chaque professeur, au niveau  secondaire, tente de faire acquérir aux élèves des attitudes et des démarches spécifiques à leur matière ?

Paul Alexandre OSTERRIETH (Faire des adultes, 1981, éd. Mardaga) explique que le schéma du raisonnement logique est souvent utilisé de manière inconsciente et partielle au quotidien. Il considère qu’apprendre à raisonner peut être construit en méthode consciente et utilisée avec les enfants à titre d’entraînement.

L’auteur décrit une expérience menée par E. E. White en 1936 :

« 75 garçons de 13 ans sont répartis en deux groupes équivalents sur base d’un test d’intelligence. Le premier groupe reçoit pendant 3 mois des leçons de grammaire ordinaires, dans la ligne du programme normal. Le second groupe bénéficie de surcroît d’une heure de logique par semaine, avec exercices commentés de classification, de définition, de déduction, etc. Les deux groupes sont ensuite soumis à un test de raisonnement, à un test d’arrangement logique de membres de phrases et à une composition anglaise, cotée par trois examinateurs pour la clarté de l’expression et la connexion des idées. Aux trois épreuves, le second groupe obtient des résultats significativement meilleurs que le premier, la différence étant particulièrement marquée pour le test de raisonnement. »

Le raisonnement logique est articulé en plusieurs étapes, pourquoi ne pas l’adapter aux jeux de société pour permettre à nos élèves de s’exercer ?

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« Prenez conscience de la complexité du jeu, sans quoi il n’y a pas de problème ! »

  • comprendre les règles du jeu
  • identifier l‘objectif final : comment gagner ?
  • tenir compte des contraintes (le nombre d’adversaires, dés ou pioche amenant un paramètre aléatoire, actions possibles à chaque tour, temps limité…)

 « Localisez l’obstacle,  quelle est la difficulté ? »

Déterminer où se situe l’obstacle pour gagner la partie :

  • anticiper les mouvements des autres joueurs ?
  • créer plusieurs ouvertures ?
  • comprendre la stratégie des adversaires ?
  • agir rapidement ?
  • faire des choix dans le positionnement préalable des pions ?

 « Recherchez des informations concernant la difficulté » :

  • possibilité de déstabiliser le ou les adversaire(s) ?
  • comment placer ses pions stratégiquement ?
  • possibilité de détourner l’attention (verbalement, en changeant de stratégie…) ?
  • possibilité d’orienter la partie par ses choix ou déplacements ?

« Elaborez vos d’hypothèses pour réussir la partie » :

  • rédiger ses choix stratégiques : quelles actions poser pour quelles conséquences attendues ?
  • Evaluer et contrôler les hypothèses
  • Imaginer le jeu en appliquant la stratégie déterminée préalablement
  • Lister les éléments qui pourraient perturber la stratégie mise en oeuvre

 « Appliquez vos hypothèses retenues en rejouant » :

Tester sa stratégie mûrement réfléchie

« Débriefez ! »

  • formuler ce qui a été observé lors de la partie
  • tirer des conclusions (ce qui a fonctionné ou pas et pourquoi ?)
  • en cas de partie ratée redéfinir la stratégie (points de 3 à 6)

 

Dans la pratique, j’ai eu l’occasion de tester ce schéma avec des élèves lors d’un cours axé sur la méthodologie de travail. 

J’ai consacré une première heure à la découverte de trois jeux de stratégies : « Otrio », « Pingouins » et « Karuba ». Dans les trois groupes, les élèves ont eu le temps de découvrir à leur rythme les règles et objectifs du jeu qui leur avait été attribué et d’y jouer. Lors de la deuxième heure, je leur ai présenté les différentes étapes du raisonnement telles que décrites ci-dessus. 

Ensuite, ils ont expliqué avec leurs mots, pour chaque jeu, les règles, les objectifs, les contraintes, les stratégies gagnantes déjà expérimentées. J’ai été très impressionnée par leur capacité à s’exprimer de manière constructive sur les stratégies élaborées. 

Force est de constater que ceux qui avaient initialement une bonne stratégie ont été mis en difficulté par leurs camarades qui avaient amélioré leur technique de jeu. 

Chers professeurs, et si jouer rimait avec raisonner ?

 

 

Ludopédagogie

Transformer un « Qui est-ce? »

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« J’aime pas la conjugaison! », ma filleule de 11 ans devant son devoir de français.

Cet après-midi-là, j’ai eu l’idée de m’appuyer sur l’intelligence dominante de Maud pour la réconcilier avec la conjugaison. Elle a une intelligence naturaliste très dominante, c’est-à-dire qu’elle classe en permanence les informations qui lui parviennent. Son cerveau discrimine donc les infos pour leur trouver des points communs et les ranger dans des catégories. 

Le projet que je lui ai proposé était de transformer le jeu « Qui est-ce? » en un jeu de « Quel verbe? ».

La mécanique du jeu original est construite autour de la discrimination. On pouvait dès lors remplacer les personnages par des verbes conjugués. Nous avons pris une bonne heure pour choisir les critères qui allaient nous permettre de créer 24 cartes de verbes conjugués. Les critères reposaient sur :

  • le groupe,
  • les personnes,
  • le temps,
  • le mode.

 

Nous avons ensuite retranscrit les verbes sur une feuille cartonnée et découpé des cases aux dimensions du jeu.

J’ai eu l’occasion de voir Maud mais aussi des dizaines d’élèves jouer au « Qui est-ce? » revisité…ils adorent! Vous pouvez même les faire jouer en équipe, leurs échanges sont très enrichissants pour leur compréhension de la conjugaison.

Cependant, créer les cartes de ce jeu est aussi intéressant que d’y jouer. Si vous voulez tester cette activité dans vos classes, laissez vos élèves réfléchir seuls à la manière dont ils vont choisir les verbes, vous serez agréablement surpris par leur niveau de réflexion.

Si l’expérience vous tente, chers professeurs de français, lancez-vous! Je vous propose d’observer vos élèves durant cette activité et de partager vos expériences sur Light Up!

 

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C’est parti!

Quoi de mieux qu’une rentrée scolaire pour lancer mon blog pédagogique « Light up » !

« Oser et partager » sont les deux moteurs de mon initiative. Cela fait déjà quelques années que j’expérimente des activités dans mes classes. Jusqu’ici je m’inspirais de lectures, d’intuitions, de discussions entre collègues ou avec ma famille et mes amis.

En 2016, j’ai suivi une formation sur l’utilisation des intelligences multiples dans l’apprentissage scolaire (http://www.kmim.eu) et cela m’a permis de donner un cadre plus structurant à mes expérimentations.

J’ai ensuite continué mes essais avec l’éclairage de différentes théories ou outils d’apprentissage : les intelligences multiples, les neurosciences, la ludopédagogie.

Ce blog est l’occasion de partager mes expériences et celles d’autres enseignants et peut-être de vous donner envie d’oser innover en classe.

Pourquoi Light up ?

Pour mettre en lumière des activités pédagogiques élaborées par des enseignants pour les enseignants.

Pourquoi la référence au pendule de Newton ?

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Ce pendule illustre la théorie de la conservation du mouvement et de la quantité d’énergie…Plus concrètement : « Lorsqu’on lance une bille, de l’autre côté une autre bille se mettra en mouvement. Lorsqu’on lance deux billes, de l’autre côté deux billes se mettront en mouvement. Lorsqu’on lance trois billes, de l’autre côté les deux billes restantes se mettront en mouvement, accompagné de la bille les ayant percutés. De même pour quatre billes etc. » (source : wikipédia)

L’objectif de la démarche est que cette énergie contenue dans l’innovation pédagogique se répercute non pas de façon linéaire, mais dans un mouvement de partage et de retour.

Inspirez-vous, osez, innovez et surtout partagez vos expériences !