Ludopédagogie

Jouer et raisonner

Apprendre aux adolescents à raisonner est essentiel et apparaît comme une compétence transversale nécessaire dans le cadre de leur scolarité, mais aussi dans leur vie de tous les jours !

Comment enseigner cette compétence globale alors que chaque professeur, au niveau  secondaire, tente de faire acquérir aux élèves des attitudes et des démarches spécifiques à leur matière ?

Paul Alexandre OSTERRIETH (Faire des adultes, 1981, éd. Mardaga) explique que le schéma du raisonnement logique est souvent utilisé de manière inconsciente et partielle au quotidien. Il considère qu’apprendre à raisonner peut être construit en méthode consciente et utilisée avec les enfants à titre d’entraînement.

L’auteur décrit une expérience menée par E. E. White en 1936 :

« 75 garçons de 13 ans sont répartis en deux groupes équivalents sur base d’un test d’intelligence. Le premier groupe reçoit pendant 3 mois des leçons de grammaire ordinaires, dans la ligne du programme normal. Le second groupe bénéficie de surcroît d’une heure de logique par semaine, avec exercices commentés de classification, de définition, de déduction, etc. Les deux groupes sont ensuite soumis à un test de raisonnement, à un test d’arrangement logique de membres de phrases et à une composition anglaise, cotée par trois examinateurs pour la clarté de l’expression et la connexion des idées. Aux trois épreuves, le second groupe obtient des résultats significativement meilleurs que le premier, la différence étant particulièrement marquée pour le test de raisonnement. »

Le raisonnement logique est articulé en plusieurs étapes, pourquoi ne pas l’adapter aux jeux de société pour permettre à nos élèves de s’exercer ?

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« Prenez conscience de la complexité du jeu, sans quoi il n’y a pas de problème ! »

  • comprendre les règles du jeu
  • identifier l‘objectif final : comment gagner ?
  • tenir compte des contraintes (le nombre d’adversaires, dés ou pioche amenant un paramètre aléatoire, actions possibles à chaque tour, temps limité…)

 « Localisez l’obstacle,  quelle est la difficulté ? »

Déterminer où se situe l’obstacle pour gagner la partie :

  • anticiper les mouvements des autres joueurs ?
  • créer plusieurs ouvertures ?
  • comprendre la stratégie des adversaires ?
  • agir rapidement ?
  • faire des choix dans le positionnement préalable des pions ?

 « Recherchez des informations concernant la difficulté » :

  • possibilité de déstabiliser le ou les adversaire(s) ?
  • comment placer ses pions stratégiquement ?
  • possibilité de détourner l’attention (verbalement, en changeant de stratégie…) ?
  • possibilité d’orienter la partie par ses choix ou déplacements ?

« Elaborez vos d’hypothèses pour réussir la partie » :

  • rédiger ses choix stratégiques : quelles actions poser pour quelles conséquences attendues ?
  • Evaluer et contrôler les hypothèses
  • Imaginer le jeu en appliquant la stratégie déterminée préalablement
  • Lister les éléments qui pourraient perturber la stratégie mise en oeuvre

 « Appliquez vos hypothèses retenues en rejouant » :

Tester sa stratégie mûrement réfléchie

« Débriefez ! »

  • formuler ce qui a été observé lors de la partie
  • tirer des conclusions (ce qui a fonctionné ou pas et pourquoi ?)
  • en cas de partie ratée redéfinir la stratégie (points de 3 à 6)

 

Dans la pratique, j’ai eu l’occasion de tester ce schéma avec des élèves lors d’un cours axé sur la méthodologie de travail. 

J’ai consacré une première heure à la découverte de trois jeux de stratégies : « Otrio », « Pingouins » et « Karuba ». Dans les trois groupes, les élèves ont eu le temps de découvrir à leur rythme les règles et objectifs du jeu qui leur avait été attribué et d’y jouer. Lors de la deuxième heure, je leur ai présenté les différentes étapes du raisonnement telles que décrites ci-dessus. 

Ensuite, ils ont expliqué avec leurs mots, pour chaque jeu, les règles, les objectifs, les contraintes, les stratégies gagnantes déjà expérimentées. J’ai été très impressionnée par leur capacité à s’exprimer de manière constructive sur les stratégies élaborées. 

Force est de constater que ceux qui avaient initialement une bonne stratégie ont été mis en difficulté par leurs camarades qui avaient amélioré leur technique de jeu. 

Chers professeurs, et si jouer rimait avec raisonner ?

 

 

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